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Idées pour l'intégration du street art dans l'espace urbain

Si en France, la pratique du street art reste interdite, de plus en plus d’initiatives émergent pour faire connaître et apprécier cette pratique, qui a le vent en poupe. Ailleurs dans le monde, certaines villes ont commencé à encadrer l’expression artistique dans la rue. Regardons de plus près ces initiatives qui promeuvent et rendent le street art un peu plus légitime.


Festivals d'Art Urbain

De plus en plus de festivals d’art urbain voient le jour, et parfois sous des formes très originales.

Le principe est simple : des artistes sont invités pendant quelques jours à peindre des fresques dans des zones bien définies et qui leur sont réservées.

La liste exhaustive serait longue, mais notons par exemple, pour ne pas manquer les prochaines éditions :

  • En France >> , Street Art Fest (Grenoble), Bien urbain (Besançon), Festival Gravity (Paris), CAPS (Clichy), ArtOnTrain (Pontarlier)

  • À l’étranger >> Urban Art Biennale (Völklinger Hütte), POW! WOW! (Hawaï), Upfest (Bristol, Royaume-Uni), Festival MURAL (Montréal)

Ces festivals ajoutent non seulement de la couleur et de la vitalité aux zones urbaines, mais ils favorisent également le tourisme et les entreprises locales. C’est pour cela que de nombreuses communes ont choisi le street art comme vecteur de rayonnement et d’attraction : non seulement les peintures sont belles et permettent d’entretenir la peinture des immeubles et maisons, mais en plus l’afflux d’amateurs peut permettre de redynamiser les commerces et l’image de la ville. Parmi les villes qui ont initié un festival street art, citons par exemple Paimpol, Le Mans, Bayonne, Montauban, Nîmes, etc. (source ici)

L’enjeu pour tous ces festivals, et à mesure que la concurrence se fera plus rude, est bien sûr de développer une notoriété et une crédibilité afin de trouver et de garder leur public. Cela est d’autant plus vrai pour les festivals situés dans des lieux reculés, pour lesquels l’accès et le logement peuvent être un défi. Un bon positionnement, une programmation cohérente et de qualité, des animations impliquant le public, sont autant d’ingrédients pour un festival de qualité.


Zones dédiées à l’expression artistique

Certaines villes ont créé des zones ou des murs où l'art urbain est autorisé, voire encouragé. Il existe des exemples bien connus comme la célèbre East Side Gallery à Berlin, le Graffiti Park à Castle Hills à Austin, au Texas (bien que ce parc particulier ait depuis été déplacé) ou encore le très célèbre 5Pointz à New York. Ce dernier spot avait acquis un statut de légende de l’art urbain, jusqu’à sa démolition en 2013. En France, citons comme lieux d’expression artistique assez libres ou en tout cas tolérés la rue Dénoyez, les Frigos (à Paris), le Darwin écosystème (à Bordeaux) ou encore le cours Julien (à Marseille).


Murs Légaux

Certaines municipalités proposent des "murs légaux" ou des murs gratuits où les artistes peuvent peindre sans craindre de poursuites légales. On peut trouver de tels murs dans différentes villes du monde et ils servent de compromis entre le besoin d'expression artistique et les préoccupations liées aux graffitis non autorisés.

En France, l’association LE MUR organise des prestations d’artistes sur des murs de différentes villes. Le premier et plus célèbre est celui du 107 rue Oberkampf, dans le 11ème arrondissement de Paris, qui depuis 2003 fait venir toutes les deux semaines un artiste différent à intervenir sur le mur.

Ce type de projet se fait bien entendu en concertation étroite avec les autorités. Dans le cas du Mur Oberkampf, elles ont permis la transformation de panneaux publicitaires en lieux d’expression culturelle. Pendant quelque temps avant l’autorisation officielle en effet, des artistes avaient investi l’espace en détournant systématiquement les publicités qui y étaient affichées.

Transformer des zones publicitaires en lieux dédiés à l’art, voilà une idée en phase avec l’air du temps. La surconsommation à laquelle incitent les pubs, les éclairages énergivores, sont des exemples de pratiques qui semblent aujourd’hui anachroniques au regard des enjeux environnementaux de plus en plus pressants.


Programmes et Subventions Artistiques

Certaines administrations locales et organisations à but non lucratif offrent des subventions ou parrainent des artistes de rue pour créer des fresques dans la communauté. Cela contribue non seulement à réduire les graffitis illégaux, mais embellit également l’environnement. À ce titre, les initiatives de la mairie du XIIIème arrondissement de Paris sont remarquables. D’immenses fresques sont régulièrement réalisées dans cet arrondissement, jusqu’à créer une galerie à ciel ouvert et que l’on peut voir depuis son siège de la ligne 6.


Décriminalisation de l'Art Urbain

La principale préoccupation de nombreux street artists concerne les conséquences légales de leur travail. La création d'art urbain sans autorisation est souvent considérée comme du vandalisme, passible de lourdes amendes, voire de peines de prison. En décriminalisant l'art urbain, les villes peuvent adopter une approche plus indulgente, réduisant ou supprimant de telles sanctions. Cependant, cela ne signifie pas que tout l'art urbain devient permis partout ; au lieu de cela, l'accent est mis sur des solutions plus constructives au lieu de mesures punitives.

En résumé, la décriminalisation de l'art urbain vise à reconnaître la signification culturelle de cette forme d'expression et à trouver des moyens de l'intégrer dans les paysages urbains sans conflit. Cette approche reconnaît les avantages potentiels de l'art urbain, tels que l'embellissement des espaces urbains, la dissuasion des graffitis indésirables et la promotion des scènes artistiques locales, tout en cherchant à atténuer les éventuels préjudices.

Voici quelques exemples d'initiative locale visant à décriminaliser et revaloriser l'art urbain :


  • Bogotá, Colombie : En 2011, après un incident tragique où un jeune artiste de graffiti a été abattu par la police, Bogotá a radicalement changé son approche de l'art urbain. La ville a commencé à faire la distinction entre le vandalisme nuisible et les précieuses contributions artistiques, ce qui a conduit à une approche plus détendue envers les artistes de rue. Désormais, les artistes peuvent peindre légalement à condition d'obtenir l'autorisation du propriétaire du bâtiment.

  • Londres, Royaume-Uni : Dans certaines zones de Londres, les conseils locaux ont adopté une approche proactive de l'art urbain en désignant des zones où il est autorisé ou en commissionnant des artistes pour créer des fresques. Le célèbre tunnel Leake Street, également connu sous le nom de "Banksy Tunnel", est un espace légal où les artistes peuvent s'exprimer sans craindre de poursuites légales.

  • Lisbonne, Portugal : Reconnaissant la valeur que l'art urbain apporte au paysage urbain, le conseil municipal de Lisbonne a créé l'initiative "Galeria de Arte Urbana" (Galerie d'Art Urbain). Ce programme soutient les artistes en leur fournissant des espaces de travail légaux et en finançant certains projets.

  • Christchurch, Nouvelle-Zélande : Après les séismes dévastateurs de 2011, l'art urbain est devenu une partie importante du processus de reconstruction et de guérison de la ville. Reconnaissant sa valeur, les autorités locales et les organisations ont depuis soutenu divers projets d'art urbain, festivals et visites.


Collaborations Artistiques

Parfois, des commerces ou des propriétaires autorisent des artistes à peindre des fresques sur leurs murs, ce qui peut avoir un double bénéfice. Premièrement, des rideaux en fer ou des murs peints dissuadent les graffitis indésirables. En effet, malgré l’impression que peut en avoir le grand public, les graffeurs et taggeurs sont en général assez respectueux du travail des autres. Deuxièmement, une belle œuvre sur une devanture permet à l’endroit de gagner en prestige, d’être photographié et de circuler sur les réseaux sociaux. Un bon moyen de faire de la publicité gratuitement !

Il se peut que les commerces ou les résidences, qui ont le projet de réaliser une fresque, impliquent les habitants dans la décision sur le design ou l’emplacement de l'œuvre. Cela permet aux résidents de se réapproprier leur espace et d’avoir leur mot à dire dans la façon dont est construit leur environnement.


Toutes ces initiatives vont dans le sens d’une plus grande acceptation. Les autorités et le grand public se rendent compte de l’importance du mouvement de l’art urbain ainsi que des bénéfices qu’ils peuvent en tirer. À présent, après le boom de ce l’art urbain, le défi qui s’annonce est celui de sa normalisation. Comment institutionnaliser et intégrer l’art urbain dans la vie quotidienne ? En dehors des fresques monumentales, reste-t-il un salut ? Dans les années à venir, les acteurs de l’art urbain devront travailler à de nouvelles façons de présenter les œuvres au public, dans et hors les murs.


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