Mélissa Perre

Discussion avec Mélissa Perre, qui nous emmène dans un voyage dans le temps et l'espace avec ses personnages de l'âge d'or hollywoodien.


Visitez sa page Instagram !


Photo : Melissa Perre


Comment en es-tu arrivée au street art ?

Je suis arrivée là par hasard ! A la fin de mes études j'ai créé mon entreprise qui proposait des services de customisation (LeCustomCorner). Les gens venaient avec leurs objets du quotidien, des skates, des guitares, etc et je les décorais.


J’ai fait ça à temps plein pendant deux ans, mais ce n’était pas forcément des projets qui me faisaient kiffer. Les clients étaient soit des ados, soit des grands enfants et on me demandait par exemple beaucoup de skates et de dessins un peu loin de mon univers, dans lesquels je ne me retrouvais pas forcément.


Puis un jour, Fred Vedel, de Urban Signature anciennement au Secours Populaire, m’a contacté car il organisait une vente aux enchères street art avec Agnès b. pour laquelle il m’a proposé de faire un skate. On s’est tout de suite super bien entendu et plus tard il m’a proposé de réaliser mon premier mur. C’était pour une fête de la musique, passage Ramey au Secours Populaire. Tous les ans, il invite des artistes à peindre les murs, les couloirs, tout ! Donc il me propose un mur que je réalise en collaboration avec Leona Rose et j’adore !


Suite à cela, Fred m’a aussi proposé de venir coller dans la rue. J’avais un peu peur au début, je voyais ça comme quelque chose de pas très légal, etc. Il s’est bien foutu de moi quand je lui ai dit ! Quand j’ai vu comment ça se passait, il avait bien raison de se moquer ! Et une fois qu’on a commencé à intervenir dans la rue, difficile de s’arrêter !


Photo : Melissa Perre


Comment tu t’y prends quand tu vas coller ?

J’aime bien me balader dans la rue avec mon collage dans le tote bag, sans avoir d’idée bien définie de là où je vais le mettre. Je repère un mur qui me plait bien (ça peut être à cause de la végétation, d’un mur craquelé, ...) et j’y colle mon œuvre ! J’aime bien cette idée que j’ai une œuvre dans mon sac, prête à être collée, et que les gens n’en ont aucune idée et me voient comme n’importe quelle autre passante.


Mais au début je n’étais pas complètement à l’aise avec le fait de coller dans la rue ! Mon premier collage, c’était à Malte dans un bâtiment désaffecté complètement glauque ! J’étais sûr de ne pas me faire prendre par la police mais en fait les gens qui étaient là m’ont fait bien plus peur !


Ensuite quand je me suis lancée dans le collage à Paris, c’est vrai qu’au départ c’était un peu comme un défi de le faire. Et puis quand on voit que c’est bien accepté et qu’il n’y a pas trop de risques, on continue et personnellement j’avoue que ce qui m’intéresse, c’est cette possibilité d’avoir un retour direct sur mon travail. Dans la rue, les gens prennent l'œuvre en photo, ils commentent les réseaux, on voit tout de suite ce qu’ils en pensent. Dans une galerie, c’est un endroit clos donc il faut que les gens s’y déplacent, ou qu’ils soient attirés par la vitrine, qu’ils entrent et qu’ils prennent une photo de mon travail, puis qu’ils la partagent, donc on a moins de retours en général.


Aujourd’hui, c’est toujours un plaisir d’aller coller et j’y vois des raisons supplémentaires. D’abord le fait de donner un peu aux gens, de mettre de la couleur sur leur trajet quotidien, j’adore ça. Avec le temps, il y a un peu plus de pression quand même parce que les gens ont des attentes par rapport à ton travail et il s’agit d’être à la hauteur. Mais ça permet aussi d’avoir de la visibilité en tant qu’artiste et de provoquer des commandes. C’est une forme de marketing sauvage !


Photo : Melissa Perre


Tes œuvres donnent un rendu qui s’approche du pochoir, mais ça n’en est pas ?

Exactement, je réserve le pochoir aux pièces les plus grandes, mais sinon j’aime trop le mouvement du pinceau, de la peinture. Je trouve que c’est un mouvement très relaxant. Au contraire, je n’aime pas du tout découper les pochoirs, c’est long et ça fait mal aux doigts ... donc il faut que ça vaille le coup !


En plus, le pochoir a certes l’avantage de permettre la reproduction d’un motif, mais ce n’est pas ce que je recherche. Je trouve que ça a plus de valeur de proposer quelque chose d’unique au public. Quand je fais une œuvre, pour la rue ou pour une commande, les passants qui me connaissent ou mes clients savent qu’il n’y aura pas deux œuvres identiques : je fais tout à la main.


Peux-tu nous parler de ta démarche artistique ?

La première fois que j’ai collé, j’avais juste envie que les gens tombent sur un de mes collages et d’égayer leur journée. J’avais aussi envie de les faire voyager dans l’espace et le temps. Dans l’espace parce que les motifs que je réalise sont directement inspirés de mes voyages et dans le temps avec les personnages de cinéma des années 40-50-60. Mon but c’est de rendre les gens curieux de mes références, de les intéresser aux classiques du cinéma pour lesquels j’ai une admiration immense !


En particulier, parmi mes films préférés, je citerais ‘The Killers’, avec Ava Gardner (une de mes actrices préférées), qui est un film en fait très drôle malgré le sujet. Et puis je suis fan des vieux James Bond, qui me fascinent, pas tant pour l’histoire ou les personnages, mais pour leur esthétique incroyable.


Photo : Melissa Perre


Tu es donc réellement une adepte du cinéma !

Je dirais que je suis fascinée par cet âge d’or hollywoodien, qui a une esthétique vraiment particulière. J’ai une faiblesse pour les péplums et les films de geishas par exemple. En fait, tous les films avec de beaux costumes nourrissent ma fascination pour le vintage et notre histoire.


Au départ, j’avais voulu commencer mon activité artistique avec une série cohérente des films qui m’ont marqué ainsi qu’une identité graphique très reconnaissable. Quand on intervient avec des pièces dans la rue, il faut que les gens reconnaissent immédiatement le style.


Comment vois- tu ton art évoluer ?

À côté de cette activité artistique, j’ai un métier de responsable de boutique qui me laisse moins de temps pour la création que j’aimerais et qui me demande aussi de la réflexion. Pas toujours évident de concilier les deux activités ! Donc à ma table de dessin, je me laisse aller à la création de ce que j’aime faire et je découvre au fil des commandes de nouvelles techniques et de nouvelles envies.


La peinture, c’est pour me relaxer et m’évader. Les commandes me permettent d’évoluer car chacune est différente et impose des contraintes particulières. Si tu interviens pour refaire la chambre d’un hôtel de luxe, il faut forcément que tu t’adaptes au public qui ne va pas être celui que tu touches habituellement ...


C’est ça que je trouve beau, c’est de pouvoir être versatile en fonction des travaux et des collaborations.


Photo : Melissa Perre


Comment procèdes-tu pour réaliser tes œuvres ?

Je peins tout à la main en détourant des photos. Je prends la photo imprimée en A4 que je détoure en zones d’ombre et de lumière grâce à un vieux rétroprojecteur à transparents. Je l’ai récupéré dans un collège et il est bien utile pour agrandir les images au format que je souhaite.


Pour les motifs autour des personnages, je m’inspire de mes différents voyages, notamment en Asie du Sud-Est et en Andalousie. Quand je les commence je n’ai rien de particulier en tête mais je me lance et je vois ce que ça donne. Ça contribue aussi à rendre chaque pièce absolument unique.


Est-ce que tu ressens des difficultés particulières dans ton activité artistique ?

Je trouve qu’il y a un équilibre très particulier à trouver, quand on reçoit une commande, entre le fait de rester fidèle à son univers et de répondre à l’attente qui peut porter sur un thème bien particulier un peu éloigné de ce que je fais d’habitude. Il faut réussir à s’adapter mais ça permet de sortir de sa zone de confort donc c’est enrichissant.


Par ailleurs, faire toujours la même chose tue la créativité, c’est vrai mais arriver à se renouveler en restant fidèle à son univers est également une grosse difficulté. Il faut arriver à évoluer pour entretenir sa créativité, mais sans tout bouleverser ni sacrifier son plaisir.



Photo : Melissa Perre