PolarBear

Discussion avec PolarBear, artiste pochoiriste engagé dans les questions environnementales et sociales.


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Photo : PolarBear


Comment en es-tu arrivé au pochoir ?

Je suis artiste pochoiriste, mais j’ai une autre activité en parallèle. Je suis opérateur lumière pour le cinéma.


Aussi loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours voulu travailler dans le cinéma. Plus précisément, c’est le travail de la lumière qui m’a toujours attiré.


Lorsque j’étais en troisième, je suis tombé sur un livre à propos de l'œuvre de Henri Alekan, qui montrait comment les plans de la Belle et la Bête, de Jean Cocteau, avaient été mis en lumière. Je me souviens notamment d’une scène dans le film, où les personnages sont éclairés à la bougie. Le livre montrait que derrière la caméra il y avait en fait une quinzaine de projecteurs pour éclairer la scène !


Je suis resté marqué par cette image, et c’est depuis ce jour que je sais que je veux travailler la lumière des films.


Mais quand tu travailles pour le cinéma, tu travailles pour quelqu’un d’autre, alors que je veux aussi pouvoir m’exprimer par moi-même. C’est pour ça que je me suis tourné vers l’art et le pochoir.


Pourquoi le pochoir ?

C’est une technique qui m’est venue assez naturellement car je ne suis pas assez doué pour le dessin : je recherche et j’assemble des bouts d’image pour composer les visuels que j’imagine. Ensuite, soit j’imprime l’image à découper, soit je la projette si c’est un grand format et j’en dessine les contours. Je découpe tous mes pochoirs à la main.


J’adore ces moments de découpe où l’esprit peut partir et vagabonder. En découpant, je peux penser à mes prochains pochoirs en même temps que la main guide le cutter.


Photo : PolarBear


Tu as des thèmes de prédilection ?

Les thèmes que je développe me sont forcément chers, ils disent tous quelque chose pour moi. Je ne peux pas dire non au terme d’ “artiste engagé”, quand on est artiste on s’engage forcément pour quelque chose : pour l’environnement, le social, la culture, ... l’art ouvre et apaise les esprits.


Pour ma part, j’ai adopté cette démarche un peu militante, même si une image est visuellement jolie, si elle ne dit rien, je ne la découpe pas.


Depuis l’enfance, je baigne dans une éducation où la préservation de l'environnement est une préoccupation centrale. Cela se traduit forcément dans mon travail. Mon tableau “No Nature, No Future”, par exemple, représente une femme penchée sur la Terre dans une posture protectrice, pour rappeler notre responsabilité vis-à-vis d’elle.



Photo : PolarBear


Tu dirais que tu as une démarche militante ?

Oui, par la série sur les animaux je cherche aussi à alerter sur le sort des espèces en voie de disparition. Quand on pense que d’ici 7 ans il risque de ne plus y avoir de tigres en liberté, ça fait froid dans le dos ! Donc même si cette série marche moins bien, je continuerai à la faire car c’est un thème qui m’est très cher, je pourrais en poster tous les jours sur les réseaux ...


J’essaie également de traduire mes impressions sur les questions sociétales. En 2015, j’ai peint une Marianne prostrée, cela faisait suite aux attentats de Charlie, à un moment où le FN était très présent dans les débats. J’étais atterré devant ce qui se passait, je voulais le traduire en image. Aujourd’hui les choses ont un peu changé, mais je ne sais pas si on peut dire qu’elles ont évolué dans le bon sens.


C’est le sens de ma nouvelle Marianne, qui adopte une attitude plus véhémente, qui va à la confrontation, prête au combat. Il y a une forme de ras-le-bol dans la société qui va se traduire d’une façon ou d’une autre, je ne sais pas pourquoi il n’y a pas encore eu de sursaut.


La communauté Street Art a plutôt l’air d’un îlot de bienveillance au milieu de tout ce fracas, tu penses que c’est pour ça que les gens se tournent vers l’art en ce moment ?

Au milieu de tout ça effectivement, on a une communauté street art hyper investie, hyper solidaire. Pendant le confinement, il y a eu un fort engouement pour l’art. J’ai vendu tous mes petits formats et les ventes caritatives en général ont très bien fonctionné.


Il n’y a qu’à voir le projet Saato, ils ont lancé un appel à la mobilisation des artistes lors du confinement. Ils espéraient lever 5.000€ via la cagnotte, et toute la communauté s’est mobilisée, ce sont plus de 80.000€ qui ont été récoltés pour les hôpitaux.


Quand tu évolues dans ce milieu du street art, c’est que tu es dans le partage, dans l’entraide, en tout cas moi j’y crois ! C’était un beau mouvement de mobilisation et de solidarité.


Photo : PolarBear


Au départ, la pratique du graffiti consistait à occuper l’espace au maximum, et toi quelles raisons t’ont poussé à t’exprimer dans la rue ?

La rue, c'est le plus grand terrain de jeu possible. Chaque mur, chaque escalier, chaque rue a sa "personnalité". Les possibilités sont infinies, il n’y a rien de mieux que ça !


As-tu le sentiment d’appartenir au mouvement culturel du street art ? Ou est-ce que finalement peindre dans la rue c'est un moyen un peu malin de se faire connaître ?

J'espère que ça ne sonnera pas présomptueux, mais oui j'ai le sentiment d'appartenir à ce mouvement. J'ai commencé à peindre dans la rue il y a 11 ans, ça a mis des années avant qu'une galerie ne m'appelle, parce que ce n'est pas ce que je recherche. Je fais ça parce que j'en ai envie, j’ai besoin de m'exprimer. Ceci étant dit, je suis très content que ça plaise. Plus le nombre de personnes qui connaissent mon travail augmente, plus ma scène d'expression s'agrandit, c'est super.


Quelles différences vois-tu entre ton travail d’atelier et le travail que tu mets dans la rue ?

Je ne perçois pas de réelles différences.

Dans la rue je ne sais pas quel va être le ressenti des gens. Je ne sais même pas si quelqu'un va voir le pochoir avant qu'il ne disparaisse. Quand je peins à l'atelier sur un support, je sais que la personne qui m'a commandé la pièce, ou qui l'achètera sera heureuse de la posséder et que l'œuvre perdurera.



Photo : PolarBear


Quels sont tes projets pour les mois à venir ?

Réussir à m'organiser entre planning perso, tournages, covid..., pour aller peindre sur des granges dans une ferme de permaculture en Creuse, un projet que je devais réaliser en avril 2020.

Et également trouver un grand mur pour un nouveau pochoir de 4x2m que je viens de finir de découper !


As-tu une idée en tête que tu aimerais particulièrement réaliser ?

Une seule, non. J'en ai plein !