Selor

Discussion avec Selor, street artiste à l'origine du Mimil, ce personnage aux traits doux accompagné de messages poétiques et humoristiques.


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Photo : Selor


Comment te décrirais-tu en quelques mots ?

Je suis un artiste peintre de street art, et j’utilise le spray pour peindre sur tout type de support éphémère, avec une prédilection pour les parpaings qui sont bien pratiques, car comme ils sont souvent voués à être prochainement détruits, cela évite d’avoir des soucis.



Photo : Selor


Quelle est l’origine de ton Mimil et a-t-il toujours été accompagné des petites phrases ?

C’est un personnage qui m’est venu lorsque j’ai fait mon Service Volontaire Européen à Lisbonne, dans un centre pour personne porteur du trouble autistique, avec très peu d’autonomie, loin du fonctionnement des personnes qui sont "aspergers" .


L’idée du Mimil est directement inspirée de cette expérience. C’est un personnage mi-humain, mi-animal, qui représente l’autisme, avec des corps humains et une tête un peu animale pour représenter le côté instinctif des personnes que j'ai rencontrées lors de mon service.


C’est aussi un personnage très doux qui illustre des textes en double ou triple lecture. En fait, peu importe ce qu’il est, c’est ce qu’il fait qui compte. J’aime que chacun soit capable de s’approprier une interprétation. En fonction des jours, vous y verrez peut-être des interprétations différentes - chacun le reçoit avec ce qu’il est.


En fait, le Mimil est l'illustration des textes qui me viennent sur le coup, au moment de peindre. Parfois je n’ai pas l’inspiration, alors j’ai quand même en stock une petite liste de phrases que j’aime bien.


Pas question d’être moralisateur dans mes textes ! Je les tourne volontairement sous forme de questions, avec du conditionnel, voire ils sont complètement à côté de la plaque ... j’essaie de faire en sorte qu’il y ait des jeux de mots, des jeux sur la phonétique, mais c’est pas obligé.


Ces doubles ou triples lectures, c’est ce qui me permet d’avoir une audience assez large, en revanche le revers c’est que c’est très franco-français et ça s’exporte difficilement. Mais bon, il y a déjà beaucoup à faire en France !



Photo : Selor


Tu commences plutôt par les phrases ou l’image ?

Je commence par dessiner mes personnages, ça me sécurise. Si je me fais arrêter par des agents, ça passe mieux s'ils voient que de la peinture, alors que si je commençais par le texte, ils n’auraient pas le contexte et selon les messages ce serait plus ou moins risqué pour moi !


Le problème, c’est que je me dépêche pour écrire mes phrases à la fin de mes interventions, ce qui explique qu’il peut y avoir des fautes d’orthographe !


Quelle est ta définition du street art ?

Tout ce qui est à vocation artistique, installé dans l’espace urbain, mural, de manière physique, et qui n’est pas du graffiti (j’entends par là une pratique underground liée au travail de la lettre).


Pour ma part, je ne travaille pas la lettre à proprement parler donc on peut dire que ça répond à cette définition.


Photo : Selor


Qu’est-ce que tu préfères, les interventions légales ou illégales ?

L’un ne va pas sans l’autre, c’est grâce aux projets illégaux que je me suis fait connaître et que j’ai pu avoir des projets légaux. Mais plus ça va, plus j’ai envie de peindre des grandes surfaces, et c’est sûr que ça ne peut se faire que légalement !


Ça change un peu la façon de travailler. Quand je fais de l’illégal, je travaille plus la qualité du texte, je suis plus dans la rapidité d’exécution. En revanche, je m’applique plus sur l’esthétique lorsque je peins des œuvres légales.


Le street art a l’air d’avoir la cote auprès du public en ce moment, comment expliques-tu cet engouement ?

Je pense que les confinements et la situation actuelle liée à la pandémie ont leur responsabilité. L’art apporte du réconfort et la demande a été très forte pendant cette période, d’autant que les gens ont probablement pu économiser un peu d’argent.


Reste à voir si ce mouvement dure sur le long terme, j’imagine que la mode du street art passera comme toute mode, mais en attendant c’est un mouvement qui a de beaux jours devant lui.


Photo : Selor


Selor à la loupe


L'œuvre dont tu es le plus fier ?

C’est une grosse façade que j’ai faite en 2018 à Bruxelles, sur un bâtiment qui abrite un EHPAD et une crèche. Je cite celle-ci parce que d’abord Bruxelles est une ville sympa mais c'est aussi une intervention qui a du sens de par son emplacement.


L’artiste vivant qui t’inspire le plus ?

Ce sont les artistes avec qui je partage mon atelier en ce moment, qui m'inspirent le plus.


Il y a beaucoup de street artistes dont j’aime bien le travail, j’aime bien aussi la peinture brute de Basquiat..


Mais aussi surprenant que ça puisse paraître, j’aime beaucoup Le Chat de Philippe Geluck et son humour un peu cynique ! Comme lui, j’allie dessin et texte en essayant d’être humoristique et de proposer plusieurs niveaux de lecture.


As-tu des ambitions particulières pour les mois à venir ?

Cela rejoint un peu ce que je disais avant, sur le côté franco-français ... je vais peut-être travailler plus l’image pour rendre mes œuvres plus universelles.


Photo : Selor